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8 avril 2022

Théorie de Gestalt : améliorer ses photos avec la composition

Par Gaëtan Berthouly

8 avril 2022


Vous savez sur quoi repose la manipulation ? Sur de la triche !

Par exemple un mentaliste connaît à l’avance comment votre cerveau fonctionne, et comment vous allez probablement réagir ou agir.

Il peut ainsi deviner des choses, ou vous « obliger » à faire des choses sans que vous ne vous en rendiez compte (comme le choix d’une carte).

C’est un peu comme-ci vous proposiez à vos amis de jouer à un jeu dont vous connaissez parfaitement les règles, les mécanismes, les tenants et aboutissants. Devinez quoi ? À la fin il est fort probable que le gagnant : ça soit vous.

« Je vois pas trop où tu veux en venir ?« 

Eh bien aujourd’hui nous aussi on va tricher. On va prendre notre machine à remonter le temps, et retourner 100 ans en arrière pour découvrir la théorie Gestalt.

« Mais dans quel but ?« 

Manipuler le cerveau de nos spectateurs pour qu’ils trouvent nos photos « jolies ».

En avant Guingamp !

Version vidéo ici :

Les origines de la théorie

Dans les années 1920 un groupe de psychologues allemands, suivant l’exemple de leur précurseur Max Wertheimer, a élaboré un ensemble de théories appelé les principes de Gestalt.

Ces principes tentaient de décrire la manière dont les humains perçoivent, traitent et organisent les informations visuelles du monde qui les entoure.

Cette théorie postule que lorsque nous sommes confrontés à une scène visuellement chaotique, notre esprit cherche à la simplifier en se raccrochant à des formes et des modèles qui lui sont familiers.

« Mais pourquoi notre cerveau fait ça ?« 

Car le cerveau adore ce qui a du sens (ou en tout cas pour lui), et il cherche donc à donner un sens à ce qu’il perçoit à travers les yeux.

« Et d’où ça vient le mot Gestalt ?« 

L’origine du mot Gestalt est germano-autrichienne et signifie : « La forme, le tout ou l’ensemble ».

Le grand socle de cette théorie l’idée que « le tout est plus grand que la somme de ses parties » ou encore « Le tout existe indépendamment des parties constituantes. » C’est un peu le principe de 1+1 = 3. Ce qui est sûr c’est que dans cette théorie 1+1 n’est pas égal à 2 !

Dans le milieu de la psychologie, cette théorie est loin de faire l’unanimité, mais dans le domaine de l’art, et de la photo notamment, ça fonctionne bien.

Quel rapport avec la photographie ?

Certaines personnes sont naturellement douées pour cadrer et composer leurs prises de vue (tant mieux pour elles !). Ce qui est marrant, c’est que généralement ces personnes savent ce qu’elles recherchent mais ne savent pas comment décrire ce qu’elles voient.

Eh bien dans le cas de la photographie la théorie de Gestalt propose un ensemble de concepts-guides que nous pouvons appliquer pour mieux organiser (et composer) nos photos, et ainsi améliorer leurs perceptions.

Finalement on triche. On s’appuie sur ce que le cerveau apprécie pour lui présenter. Ainsi, il considèrera la photo comme un tout visuel plaisant. Cette théorie apporte une approche holistique en considérant que l’humain ne se concentre pas sur les détails mais plutôt sur un ensemble.

Cette théorie permet aussi aux yeux du spectateur de se déplacer dans notre composition et de regarder notre photo plus longtemps.

D’ailleurs, ne soyons pas égocentrique, la théorie de Gestalt est aussi utile dans d’autres domaines comme le design ou la conception graphique.

Améliorer facilement ses photos grâce à un « pack »

Sur Photomaniac on on a vu de nombreux concepts et règles de composition (grilles, ratios, rythme, lignes et équilibre).

Et c’est bien !

Mais on va pas se le cacher : ce n’est pas évident de penser à toutes ces règles quand on compose sur le terrain.

Ce qui est sympa avec la théorie Gestalt c’est qu’elle forme une sorte de « pack » pour bien composer. Plus que des techniques, ce sont des principes qui forment une excellente base pour vos compositions. Et donc une bonne base pour obtenir une « jolie photo ».

« Ok, mais finalement c’est quoi les noms de ces principes ?« 

Le « pack Gestalt » contient sept concepts majeurs:

  1. Le principe figure-fond
  2. Le principe de clôture
  3. Le principe de continuité
  4. Le principe du destin commun
  5. Le principe de similitude
  6. Le principe de proximité
  7. Le principe de symétrie

1- Le principe figure-fond

Dans ce principe on se concentre sur la relation entre la figure et le fond. Ce qu’on pourrait traduire en photo par la relation entre le sujet et l’arrière-plan.

« Ok et donc ?« 

Notre système visuel a tendance à simplifier une scène en la réduisant à l’objet principal (la figure/le sujet) et à tout le reste de la photo (le fond/arrière-plan).

Le principe figure-fond appliqué à la photo donne « votre sujet doit être bien distinct de votre arrière-plan » et « l’attention doit d’abord se porter sur la figure (le sujet) avant de se déplacer vers le fond (l’arrière-plan) » pour que la photo soit jolie.

Lorsque l’œil (le cerveau) regarde une photo, il se pose 2 questions :

  1. C’est quoi le sujet ?
  2. C’est quoi l’arrière-plan ?

Regardez cette image :

Illustration de 1915 de deux visages de profil et d’un vase par le psychologue danois
Edgar RUBIN

Est-ce que vous voyez plutôt le vase comme sujet devant avec l’arrière-plan derrière noir? Ou plutôt les 2 personnes devant face à face avec l’arrière-plan derrière blanc ?

Ou peut-être que vous voyez un coup l’un et un coup l’autre et que c’est SUPER désagréable !

Donc, à part si vous voulez vous amuser à faire des illusions d’optique et à faire mal à la tête de vos spectateurs : faîtes en sorte que le sujet soit parfaitement distinct de l’arrière-plan. Vous comprenez pourquoi c’est important maintenant avec cet exemple extrême.

En effet, lorsqu’il est difficile de distinguer le sujet de l’arrière-plan, le sujet instable : ce que certaines personnes perçoivent comme le sujet est considéré comme l’arrière-plan par d’autres. Bref la photo n’est pas lisible, impactante, évidente, elle est trouble et donc inintéressante et « moche ».

Comme dans cette photo :

La photo est plutôt intéressante. Mais quel est le véritable sujet ? Le ciel incroyable ou l’homme qui plonge ?

« Ok, compris, mais comment je fais pour bien séparer le sujet du fond ?« 

Éviter que le sujet et l’arrière-plan aient un contour commun

On a vu dans l’image de Edgar RUBIN l’importance de la ligne de contour et la façon dont elle peut se déplacer d’avant en arrière en fonction de la perception sujet/arrière-plan. Et précisément, la confusion est due au contour commun (ou partagé) entre le sujet et l’arrière-plan (dont M.C. ESCHER. ARNHEIM s’amuse dans ses images).

Prenons un exemple :

Push. 1970. © Pete Turner. 

La photo est prise depuis une position qui aligne le sommet d’une poubelle sur une plage avec la ligne d’horizon au loin, partageant ainsi le même contour.

Puisqu’ils partagent le même contour, ils semblent partager le même plan spatial. Ce qui créait une illusion d’optique : le haut de la poubelle semble être à l’horizon lointain alors que la partie inférieure de la poubelle est vue comme étant proche et sur la plage.

Avoir un sujet net et un arrière-plan moins net

Les objets qui sont nets attireront votre attention en premier (sujet), tandis que ceux qui sont flous attireront votre attention en dernier ils semblent immédiatement se trouver à l’arrière-plan. Vous pouvez jouer avec l’ouverture (plus grande plus de flou, plus petit plus net) ou la distance focale (plus longue plus de flou, plus courte moins de flou).

Avoir un sujet contrasté

les objets à fort contraste ont tendance à attirer l’attention du spectateur avant les objets à faible contraste.

Si vous voulez que le spectateur regarde d’abord le sujet, il faut que ce dernier présente un contraste élevé par rapport à l’arrière-plan. Contraste signifie « différence », il peut s’agir d’un contraste de tonalité, de couleurs, de tailles, de texture.

contraste tonal

Par exemple en portrait on a la technique de clair-obscur, avec un sujet éclairé clair et un fond sans lumière sombre.

contraste des couleurs

Les yeux sont naturellement attirés en premier lieu par les couleurs vives et chaudes comme l’orange, le jaune et le rouge.

Mais le contraste est aussi important : une zone rouge entourée d’une couleur de fond similaire aura l’air désaturée

par rapport à la même zone rouge sur un fond vert.

Donc, la couleur n’existe pas seule, elle a besoin d’un contexte, d’une couleur d’arrière-plan. Donc bien souvent le sujet aura des couleurs chaudes, et l’arrière-plan des couleurs froides.

Remarque

Si vous aimez la peinture : Joseph Mallord William Turner et Henri Matisse, étaient très doués dans la gestion des couleurs.

Contraste de tailles

L’esprit percevra :

  • les éléments qui semblent plus grands comme étant plus proches et faisant partie du sujet.
  • Les éléments qui semblent plus petits paraissent plus éloignées et sont perçus comme faisant partie de l’arrière-plan.

Contraste de surface (séparation)

L’esprit perçoit généralement la plus petite surface comme le sujet et la plus grande surface restante comme l’arrière-plan.

Un objet isolé au milieu d’une scène attirera instantanément l’attention en tant que sujet, même si la scène est chaotique.

Mais pour que ça marche l’objet doit être suffisamment contrasté par rapport à l’arrière-plan pour qu’il soit facile à voir et à identifier. Sinon, il se fondra dans l’arrière-plan et deviendra difficile à reconnaître.

On peut aller dans des extrêmes avec un espace négatif (arrière-plan) énorme qui définit l’espace positif (le sujet) comme dans la photo ci-dessous.

Remarque

Vous n’êtes pas obligé de tout appliquer, mais ils peuvent s’accumuler et fonctionnent bien ensemble

2-Le principe de clôture (ou de réification)

La loi de la clôture de la Gestalt postule que les humains ont une tendance innée à combler les espaces vides.

Et une fois de plus on peut en tirer un avantage en demandant au spectateur de compléter une photo, une forme ou une idée.

« Comment ?« 

Si une partie suffisante de la forme est indiquée, le spectateur percevra l’ensemble et acceptera également que la forme est complétée en dehors de la photo.

De cette manière le spectateur devient un participant actif, et il regardera plus longtemps notre photo. Un sentiment de plaisir peut aussi exister lorsque le spectateur forme la clôture.

Par exemple, lisez la phrase suivante :

J- su-s s-re que v-us s-rez c-p-ble de l-re c-tte phr-s- (Je suis sûre que vous serez capable de lire cette phrase)

Bien que plus de 9,5 % des lettres manquent l’esprit est tout capable de combler les vides.

Attention cependant avec ce principe il faut être subtile. Le spectateur pourrait devenir quelque peu insatisfait s’il doit faire trop d’efforts pour comprendre ce qu’il ne voit pas.

Les lignes et les formes familières presque complètes sont plus facilement perçues comme complètes (fermées) qu’incomplètes. Le fait de ne pas pouvoir compléter ces lignes et ces formes peut être source de tension ;

La formation d’une fermeture permet de compléter et de réduire la tension.

Dans le tableau de MICHELANGELO, ‘espace entre les doigts nous invite à achever l’action dans notre esprit. Pour que ça soit possible, tout est une question de dosage : l’augmentation de la distance entre les doigts diminuerait la probabilité de fermeture.

On pourrait aussi utiliser le mot « intervalle ». On peut faire le lien avec la musique : l’intervalle entre deux notes. Mozart disait : qu’il était aussi intéressé par les notes que par l’espace entre elles.

L’importance de l’intervalle est mise en avant dans cette célèbre photographie d’Henri Cartier-Bresson, « Place de l’Europe ».

Place de l’Europe. Henri CARTIER-BRESSON 1932.

Elle montre un homme sautant par-dessus une grande flaque d’eau dans une rue inondée et son reflet dans l’eau. L’homme est suspendu en l’air, invitant le spectateur à achever visuellement l’action. Là aussi tout est dans le dosage de cet distance.

Dans cette photo le brouillard couvre certaines parties de la scène. Cela donne à votre lecteur la possibilité de compléter l’image et de la clore lui-même. Ici se sont les montagnes et le brouillard qui se chevauchent mais vous pourriez aussi le faire avec d’autres éléments ou objets.

Cette loi permet aussi de subdiviser une photo en plusieurs formes, et ainsi de contrôler le mouvement de l’œil du spectateur, et de mettre l’accents sur des éléments.

Dernier exemple marrant, à partir de d’autres formes on en forme d’autres dans notre esprit :

3-Le principe de continuité

Le concept de « continuité » est la tendance instinctive de l’œil à suivre les lignes, peu importe leurs formes. Cette ligne peut être réel (rail, pont…), ou imaginée (la direction d’un regard comme ci-dessous).

La tension visuelle est crée en plaçant le sujet près du bord du cadre et en le faisant regarder en dehors du cadre. C’est le fait de se demander où il regarde qui crée l’ambiance et la tension visuelle.

Il peut aussi s’agir de lignes en pointillé : des alignements d’éléments. L’œil humain suit aussi les séquences de formes et détermine une relation entre eux. Pour plus de détails je vous invite à lire l’article sur le rythme.

« Et coup comment j’applique ce principe à mes photos ?« 

Prêtez attention aux lignes des éléments de la scène qui attirent votre regard. Notez comment ces éléments constituent un chemin vers ou à travers votre photo pour mener vers votre point d’intérêt principal.

En portrait, placez votre sujet de manière à ce que les lignes mènent à lui. Renforcez votre composition en utilisant la pose et les vêtements du modèle pour créer des lignes supplémentaires qui attireront les yeux du spectateur vers le visage du sujet.

Ce principe bien utilisé avec la règle des tiers. La chaussée forme une ligne continue, attirant le regard du spectateur vers le groupe d’arbres (qui se trouve sur un point de force)).

La loi de la continuité dit aussi que nous regroupons les éléments qui sont alignés avec un objet, et nous sommes moins susceptibles de combiner des élément qui ont des directions ou des alignements différents. Comme ci-dessous :

Autre exemple :

Le « Nu 1936 » d’Edward WESTON

Le modèle de la photographie est la femme du photographe. Les deux bras embrassent les jambes en formant un ovale, les mains jointes à un genou. Le visage de Charis n’est pas visible. elle a baissé la tête pour éviter de regarder le soleil lorsque WESTON lui a demandé de garder la pose.

La raie des cheveux coïncide bien avec la continuation du contour du bras gauche comme on peut le voir dans cette version schématique de la photo.

Version schématique du « Nu 1936 » d’Edward WESTON

Le principe de continuité fonctionne bien aussi avec le principe de clôture. Lorsque nous voyons des photos de chemins, de rivières ou d’autres lignes qui sont coupées par le bord de la photo, nous imaginons qu’il continue. Nous ne le voyons pas se terminer à l’endroit où nos yeux cessent de le voir.

Si vous prenez une photo avec un chemin, une rivière, des marches, une ligne d’arbres, des voies ferrées ou quelque chose de similaire, attendez-vous à ce que le spectateur le suive instinctivement jusqu’au bout.

L’esprit suppose que les lignes se prolongent au-delà des bords du cadre. Dans cette photo ce principe contribue à créer un sentiment de profondeur (ainsi que l’utilisation d’un objectif grand angle) car l’esprit croit que la route continue au-delà de son point de fuite.

4-Le principe du destin commun

Le principe se base ici sur le mouvement et la direction : les objets qui sont orientés dans la même direction apparaissent comme un groupe cohérent.

Que vous vient-il à l’esprit lorsque vous voyez plusieurs oiseaux voler dans la même direction ?

https://unsplash.com/photos/cX0Yxw38cx8

Même s’ils sont distinctement différents, nous les voyons inconsciemment comme un GROUPE d’oiseaux.

Ensemble, ils ont un « destin commun » et deviennent le thème dominant d’une photographie. Cela peut aussi fonctionner si les sujets font la même chose.

https://unsplash.com/photos/UFRMc7o9Ci8

Alors que quand nous voyons un oiseau volant dans une direction différente d’un autre oiseau, nous les traitons comme des entités distinctes.

Si vous placez ces deux personnes de manière à ce qu’elles quittent le cadre, vous générez une tension. Vous laissez entendre qu’il y a un « contenu hors du cadre » et vous amenez le spectateur à se demander où ils vont.

C’est ce destin ou cette relation qui fait du spectateur un participant actif en l’amenant une fois de plus à se demander où ils vont.

Si un objet va dans la direction opposée à tout un groupe allant dans une même direction : cela créait de la tension, car le spectateur ne l’associe pas à l’ensemble.

Cette photo en est un très bon exemple : tous les enfants regardent dans la direction du policier sauf un. Si le sujet regarde directement dans l’appareil photo cela à le plus d’impact : la ligne implicite entre les yeux du sujet et l’objectif est très puissante.

Et un dernier exemple. Ici nous organisons les mouvements apparemment chaotiques en trois groupes en fonction de leur direction (et donc de leur destin commun).

5-Le principe de similitude

La principe de similitude suggère que notre cerveau regroupe les objets qui se ressemblent. Il peut s’agir de la couleur, la taille, la forme, la texture, ou encore la position , le direction, le mouvement (comme vu juste avant) ou tout autre attribut.

Tant que cet attribut est partagé par un groupe d’objets dans votre scène, l’œil du spectateur va considérer cet attribut comme un facteur d’unification entre les objets, les regroupant.

Prenez par exemple les pingouins bruns sur cette photo. Ils sont nombreux, mais comme ils ont tous la même couleur et la même texture, nous les voyons comme une entité. On définit très rapidement la photos en 2 ensemble : le groupe de pingouins bruns et un pingouin argenté.

En tant que photographe, vous voulez que votre spectateur joue un rôle actif dans votre photographie. Veillez donc à utiliser la loi de la similarité pour créer des liens entre des éléments sans rapport entre eux dans vos photos.

Jeunes agriculteurs, 1914 – Par August Sander

Les deux hommes à droite de la photographie sont perçus comme une paire en raison de leur proximité.

L’homme à gauche semble séparé d’eux jusqu’à ce que la similitude entre en jeu. Les trois hommes ont des postures et des expressions similaires, ce qui les rassemble en tant que groupe.

Pour ajouter un intérêt supplémentaire : on tout de même quelques différences. Les deux hommes de droite ont leurs cannes tenues verticalement et leurs chapeaux sont inclinés de la même manière. Alors que l’homme à gauche tient sa canne en biais et incline son chapeau dans la direction opposée, et laisse pendre une cigarette de sa bouche.

3 autres exemples :

Dans cette photo de paysage, les trois rochers au centre sont liés par leur similitude de texture, de couleur et de forme. Et aussi leur proximité.
On voit 2 groupes de 3 arbres par leur couleurs
On voit 2 groupes de voiliers, le groupe des grands devant et les autres plus petite (similitude par taille)

6-Le principe de proximité

Lorsque nous voyons des formes ou des objets proches les uns des autres, nous avons tendance à penser qu’ils font parti d’un même groupe (comme pour le principe de similitude), voire comme un seul et même objet.

Lorsque les points sont placés en groupes proches les uns des autres, nous avons tendance à percevoir 3 colonnes plutôt qu’un groupe entier de points.

Et ce principe fonctionne même si les éléments proches sont différents en termes de taille, de forme et autres.

Dans ce portrait, la proximité de la fille et du cheval suggère une relation étroite entre eux. Si vous voulez montrer cette proximité, il serait beaucoup moins efficace de les positionner avec leurs têtes plus éloignées.

Ce principe fonctionne très bien pour photographie de portrait ou de groupe (amis, famille). Le rapprochement crée un sentiment de lien chaleureux (encore plus si il y a contact !).

Et si vous avez déjà eu l’impression que votre composition n’était pas parfaite, et que vous ne saviez pas pourquoi, vous souffriez sans doute d’un défaut de proximité.

Ça doit faire mal !

Il arrive souvent que ce principe joue contre nous avec un arbre, un réverbère, ou poteau qui semble sortir de la tête de votre sujet.

« Mais pourquoi je ne l’ai pas remarqué avant de déclencher ?« 

Lorsque vous êtes sur le point de prendre l’une de vos photos : votre réalité est en trois dimensions. Dans cette réalité, nous voyons parfaitement que l’arbre ou le poteau téléphonique se trouve au loin et ne semble pas se confondre avec le sujet en étant proche de vous.

Le principe de proximité est beaucoup utilisé avec une faible profondeur de champ. Une grande ouverture rend flou une grande parti de la photo. Cela permet de « regrouper » tout ce qui est mise au point ou la zone de netteté acceptable et de « concentrer » l’attention du spectateur. Ce qui permet aussi de détacher le sujet du fond (comme on l’a vu dans le principe figure-fond).

Au moment où vous appuyez sur le déclencheur, vous modifiez cette réalité : vous perdez la troisième dimension, la profondeur. Vous n’avez plus qu’une représentation bidimensionnelle de votre réalité tridimensionnelle. Tout est maintenant sur le même plan. Ce qui explique pourquoi maintenant un élément semble sortir de la tête de votre sujet.

C’est pourquoi vous devez étudier chaque partie de votre cadre avant de prendre la photo.

Identifiez les espaces positifs (sujet) et négatifs (arrière-plan). Lorsque vous faites la mise au point sur votre sujet, des objets trop proches dans la photographie feront partie de l’espace positif ? Si c’est le cas, déplacez soit l’objet, soit votre sujet, de sorte que l’objet ne puisse plus interférer.

« Et si il n’est pas possible de déplacer le sujet et/ou l’objet perturbateur ?« 

Dans ce cas, essayez de faire les photographes de mode et animaliers. Vous pouvez faire disparaître un objet étranger (ou un arrière-plan gênant) en utilisant un téléobjectif avec une grande ouverture(f/4-f/5.6 devrait suffire), cela permet aussi d’isoler le sujet.

Vous pouvez utiliser ce défaut à votre avantage en positionnant des éléments de votre scène de manière à ce qu’ils soient liés les uns aux autres et forment une unité visuelle.

Et au contraire en rajoutant de la distance on peut détacher un sujet de la masse. Ici l’arbre en bas à droite est bien différencier du troupeau d’arbre.

remarquez que l’arbre est très différent de tous les autres arbres

L’être humain apprécie les formes et les couleurs qui se répètent (principe de similitude), et si vous pouvez les inclure dans votre regroupement, cela créera un rythme agréable et un sentiment d’unité qui incitera le spectateur à rester plus longtemps.

Vous pouvez également créer des illusions d’optique amusantes en utilisant une petite ouverture. Même si l’un de vos sujets est éloigné, vous pouvez le positionner à côté d’un autre sujet. Cela donnera l’impression qu’ils interagissent même si ils sont très éloignés.

Bien que les deux photos contiennent deux pingouins, la proximité entre les deux pingouins de l’image de gauche donne à la photo un aspect plus unifié.

7- Le principe de la symétrie

La loi de la symétrie décrit la tendance de notre cerveau à rechercher les symétries et à regrouper les objets autour de ce principe.

Les êtres humains sont pour la plupart symétriques, et cette façon de faire est naturelle pour notre perception. Il est également facile de briser cette loi en rompant la symétrie pour créer de la tension visuelle.

Il n’est pas utile que votre composition soit parfaitement symétrique, une approximation est généralement suffisante lorsque nous parlons de photographie.

[ ]{ }[ ]

Nous combinons visuellement les parenthèses en trois groupes sans même penser à combiner les parenthèses côte à côte.

La symétrie dans une image peut être utile pour créer facilement un équilibre. Mais l’équilibre centré peut facilement devenir ennuyeux et inintéressant.

La photographie originale avec le paysage centré. Sur la droite : Recadrée selon la règle du tiers, l’image est plus attrayante.

C’est là que l’asymétrie rentre en jeu. La règle des tiers s’inspire largement du nombre d’or. Imaginez votre cadre divisé en 9 sections. En plaçant les éléments importants le long des lignes directrices ou à l’intersection des lignes, la photo apparaîtra plus intéressante (contrairement à un horizon qui divise l’image en deux ou à un regard qui se dirige vers le centre du cadre).

Les points d’intérêt sont alignés avec les lignes ou aux intersections des lignes.

Il existe aussi la grille phi et la spirale dorée, je vous laisse aller voir tout ça ici.

Nous voyons distinctement deux ensembles d’arbres regroupés par leur alignement symétrique. Les arbres en diagonale rompent cette symétrie.
Deux arbres forment un groupe et créent immédiatement un cadre pour l’arbre principal, ajoutant une couche supplémentaire à la composition.

D’autres principes de Gestalt

L’émergence

Ce principe nous dit que nous percevons un objet comme un tout, et non comme une multitude de parties.

En photo on peut traduire ce concept comme le fait qu’on regarde la photo dans son ensemble mais pas en détail. Ainsi le spectateur peut ne pas remarquer quelque chose la première fois qu’il voit la photo, mais cet élément devient clair après un temps d’observation.

C’est une façon de récompenser les spectateurs les plus attentifs !

Combien de temps vous a-t-il fallu pour voir le chat sur la photo ?

Le principe d’invariance

L’invariance suggère que nous percevons les objets de la même manière, indépendamment de leur rotation, de leur déformation et de leur échelle. Si nous reconnaissons un objet, nous pouvons rapidement l’identifier dans n’importe quel état.

On peut appliquer l’invariance notamment pour donner une idée d’échelle en en représentant un objet connu dans des conditions ou un environnement inhabituels.

Nous connaissons la taille humaine, donc avec cette comparaison, nous soulignons la taille des montagnes.

Et à l’opposer donner un sens différent en utilisant une échelle différente.

Conclusion

La théorie de Gestalt ne fait pas l’unanimité dans tous les domaines (notamment en psychologie) à cause du manque de données expérimentales et de la nature descriptive des principes plutôt qu’explicative.

Mais en photographie, ce principe semble bien s’appliquer d’après les exemples que nous avons vus ensemble. La théorie nous permet d’organiser nos compositions de manière à rendre la photo parfaitement comestible pour le cerveau, et lui présenter une photo qui lui plaise.

Pour ceux qui veulent aller plus loin le livre d’ARNHEIM, « Art and Visual Perception » pourrait vous plaire.

Moi je vous laisse ici à votre pack Gestalt et je vous dis à bientôt sur les internets MONDIAUX !

j’ai aussi une chaîne YouTube ici !

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